致一位马拉巴莱女人(波德莱尔)

诗歌 译作
何家炜 发表于:
《波德莱尔》
你的脚像你的手一样灵巧,你的臀部 宽大,让最美丽的白种女人也嫉妒; 对于凝思的艺术家你的身体柔滑珍贵; 天鹅绒般的大眼睛比肌肤更黝黑。 你的神让你降生在这炎热蔚蓝的国度, 你的任务是给主人点燃烟斗, 为主人供应一瓶瓶水,新鲜又芬芳, 并将四下转悠的蚊子从床边赶跑, 还有,当清晨让悬铃木开始吟唱, 去集市上买一些菠萝和香蕉。 无论去哪里,你整天都光着脚, 低声哼唱着从未听过的古老曲调; 而当夜晚降临到你猩红色的斗篷上, 你便在草席上将身体轻轻安放, 你飘曳的梦境里满是阵阵蜂鸟, 总是如你一般,优雅如花绽放。 幸福的孩子,你为何要看我们的法国, 那个国家到处是人,在被痛苦折磨, 你为何要把生命托付给水手的壮臂, 跟你亲爱的罗望子树挥手永别? 你啊,半身披着脆薄的细纹布, 会在那边的雪与雹下浑身发抖, 你会为自己甜蜜而率真的快乐哭泣, 猛然锁紧你肋部将是紧身胸衣, 你必得在我们的泥潭里去拾取晚餐, 并将你奇异魅力的芳香出卖, 你凝神的眼在我们肮脏的雾里, 寻觅着失去的椰子树和消散的幽灵! A une Malabraise Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche Est large à faire envie à la plus belle blanche ; A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ; Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair. Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître, Ta tache est d'allumer la pipe de ton maître, De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs, De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs, Et, dès que le matin fait chanter les platanes, D'acheter au bazard ananas et bananes. Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus, Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ; Et quand descend le soir au manteau d'écarlate, Tu poses doucement ton corps sur une natte, Où tes rêves flottants sont pleins de colibris, Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris. Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France, Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance, Et, confiant ta vie aux bras forts des marins, Faire de grands adieux à tes chers tamarins ? Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles, Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles, Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs, Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs, Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges Et vendre le parfum de tes charmes étranges, L'œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards, Des cocotiers absents les fantômes épars ! Les Fleurs Du Mal Charle Baudelaire
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最后更新 2012-03-17 19:09:17