预言家波德莱尔

作者:
何家炜
作品:
《波德莱尔》 (诗歌 译作) 第3章 共6章
发表于:
《波德莱尔》(上海人民出版社,2008)
Baudelaire le Prophète 人类的想象力能够不费力地设想出一些共和国或其他共同体,如果它们受到圣者或某些贵族领导的话,将配得上某种荣耀。但普遍的毁灭或进步——名称丝毫不重要——并不会特别表现在政治体制上,而是表现在人心的堕落上。我是否有必要说,政治剩下的那么点东西在全民拥抱的兽性中艰难地挣扎,而统治者为了维持下去并建立起一个秩序的幽魂,不得不奔忙于各种手段之间,我们现在的人性虽说已如此冷酷无情,也将在这些手段面前不寒而栗?——于是,儿子将逃离家庭,不是在十八岁,而是在十二岁,因贪婪的早熟而挣脱束缚;他逃离家庭并非为了寻找英雄般的历险,并非为了去解救囚禁在塔里的美人,也非为了用崇高的思想去让一间阁楼永垂不朽,而是为了做生意,为了发财致富,为了与他臭名昭著的父亲竞争,他将创建一份报纸并成为它的股东,这份报纸将传播光明,将使人们把彼时的“世纪”看做是迷信的帮凶。——于是,那些流浪的女人,那些各社会阶层之外的女人,那些有过几个情人、有时被人称为天使的女人,她们理所当然地轻率冒失,并感激这偶尔闪现的灵光,在她们像恶一般合乎逻辑的生存中,——所以这些女人,我要说,她们将只会变得冷酷而明智,除了金钱,她们谴责一切,甚至谴责“错觉”!——所以,与道德相似的东西,我要说,所有对普路托斯[1]没有热情的人都将遭到广泛的嘲笑。正义,如果在那个财富时代还可能存在正义的话,将用来查禁那些不懂得发财的人。——你的妻子,哦,资产者,那是你圣洁的另一半,她的正统性将为你吟诗赋词,从此在合法性中引入一种无可指责的卑鄙无耻,成为你的保险柜警惕又多情的守护者,而她无非是由情夫供养的完美典范罢了。你的女儿,到了适婚年龄还幼稚无知,她将在摇篮里梦想着自己身价百万。而你自己呢,哦,资产者,——将比如今的你更缺乏诗意,——你将找不到什么话说,连悔意都没有。因为人身上的某些东西,是随着另一些东西的消弱和衰亡而蓬勃壮大的,而且,由于时代的进步,你的腹中将只剩下内脏!——这样的时代或许已近在眼前;谁又知道它是不是已经来到,我们的本性在增厚变壮,谁又知道它不是妨碍我们估量自己生存空间的唯一障碍呢? 至于我,我有时感到自己身上有着预言家的滑稽可笑,我知道我绝不会得到某个医生的仁慈。沦落在这个丑恶的世界,人群擦肩而过,我如同一个疲惫不堪的人,眼睛望着身后那些幽深的岁月,有醒悟,有苦涩;而在他面前则是一场毫无新意的暴风雨,既无教益,也无痛苦。夜晚,这个人从命运中偷得几小时的欢愉,在消化中摇摇晃晃,尽可能地忘却过往,满足于现在,听命于未来,陶醉于他的镇定与浪荡中,为不像路人那么低贱而自豪,他凝视着雪茄升起的青烟,心想:这些思绪要去向哪里与我何干? 我想我离题了,尽说些行家们所谓冷菜拼盘之类的话。然而,我将留下这几页纸,——因为我要给我的悲伤注明日期。 -------------------------------------------------------------------------------- [1] 普路托斯(Plutus),古希腊神话中的财神。 L’imagination humaine peut concevoir sans trop de peine, des républiques ou autres états communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des coeurs. Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernants seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie? - Alors, le fils fuira la famille, non pas à dix-huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir, et pour faire concurrence à son infâme papa, - fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer le Siècle d’alors comme un suppôt de la superstition. Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants, et qu’on appelle parfois des Anges, en raison et en remerciement de l’étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique comme le mal, -alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu’impitoyable sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l’argent, tout, même les erreurs des sens! .... Alors, ce qui ressemblera à la vertu, -que dis-je, - tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule. La justice, si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice, fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. - Ton épouse, ô Bourgeois! ta chaste moitié dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre-fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera dans son berceau, qu’elle se vend un million. Et toi-même, ô Bourgeois, - moins poète encore que tu n’es aujourd’hui, - tu n’y trouveras rien à redire; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent, et, grâce au progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères! –Ces temps sont peut-être bien proches; qui sait même s’ils ne sont pas venus, et si l’épaississement de notre nature n’est pas le seul obstacle qui nous empêche d’apprécier le milieu dans lequel nous respirons! Quant à moi qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin. Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’oeil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et devant lui qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement, ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux autant que possible - du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit en contemplant la fumée de son cigare: Que m’importe où vont ces consciences? Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’oeuvre. Cependant, je laisserai ces pages, - parce que je veux dater ma Tristesse. BAUDELAIRE: FUSÉES XV
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